Les nerfs périphériques sont des structures fragiles qui permettent la sensibilité et les mouvements des membres. Une lésion iatrogénique correspond à une atteinte nerveuse survenant à la suite d’un acte médical ou chirurgical.
Les lésions iatrogéniques des nerfs périphériques peuvent survenir lors de différents gestes médicaux :
Chirurgicaux : section ou étirement du nerf pendant une intervention chirurgicale (orthopédique, notamment chirurgie de l’épaule, réinsertion distale du tendon du biceps, etc, vasculaire, plastique, etc.).
Anesthésiques : atteinte lors d’une infiltration ou d’un bloc nerveux.
Injections ou perfusions : irritation chimique ou compression par un hématome.
Contentions et positions prolongées : compression d’un nerf pendant une anesthésie générale ou une immobilisation.
Ces lésions sont rares, mais leur impact fonctionnel peut être important. Elles ne sont pas toujours immédiatement identifiées, car les symptômes peuvent apparaître avec un décalage de quelques jours.
Le diagnostic repose sur :
L’examen clinique, qui recherche une perte de sensibilité (fourmillements, engourdissement, anesthésie), une faiblesse musculaire ou une paralysie complète d’un ou plusieurs groupes musculaires.
Les examens complémentaires :
Électromyogramme (EMG) : il permet de localiser et d’évaluer la gravité de l’atteinte nerveuse.
Imagerie (échographie, IRM) : utile pour visualiser une interruption, un hématome ou une cicatrice comprimant le nerf.
Le diagnostic précoce est essentiel pour adapter la prise en charge et éviter des séquelles définitives. La prise en charge est idéalement effectuée dès le 1er mois de constatation des symptômes faisant évoquer une lésion iatrogénique.
Le traitement dépend du type et de la gravité de la lésion :
Lésions légères (étirement, contusion) : souvent, une récupération spontanée survient en quelques semaines à quelques mois. La surveillance clinique et électrophysiologique est nécessaire.
Lésions plus sévères (section, compression persistante) : un traitement chirurgical peut être indiqué pour réparer (suture), libérer (neurolyse) ou reconstruire (greffe) le nerf, ou pour réinnerver les groupes musculaires paralysés (transferts nerveux).
Dans tous les cas, une rééducation précoce (kinésithérapie, ergothérapie) aide à maintenir la souplesse des articulations, limiter les douleurs et favoriser la récupération fonctionnelle.
Déroulement de l’intervention
L’intervention se déroule en conditions stériles. Le chirurgien identifie le nerf atteint et réalise :
• une neurolyse (libération du nerf comprimé par une cicatrice ou un tissu environnant), ou
• une suture directe si le nerf est sectionné et que les extrémités peuvent être rapprochées sans tension, ou
• une greffe nerveuse si une perte de substance empêche une suture directe, et/ou
• Des transferts nerveux si la lésion du nerf est située à distance des groupes musculaires paralysés, empêchant une réinnervation précoce.
L’objectif est de restaurer la continuité du nerf et de permettre la repousse des fibres nerveuses vers leurs territoires d’origine.
La durée dépend du type de geste : entre 30 minutes et 2 heures en moyenne.
Selon la localisation du nerf et la complexité du geste, l’intervention se fait sous anesthésie loco-régionale ou anesthésie générale.
Une immobilisation temporaire de 2 semaines peut être prescrite, selon les cas, pour protéger la réparation en fonction de la localisation de celle-ci :
• Attelle ou écharpe pour le membre supérieur,
• Eviction d’appui pour le membre inférieur.
En fonction des groupes musculaires paralysés, des attelles de suppléance peuvent être nécessaires afin de compenser les pertes motrices en attendant la réinnervation des muscles.
Après l’intervention :
• Douleurs et sensations : une gêne ou des douleurs modérées sont fréquentes et calmées par des antalgiques simples. Des sensations anormales (fourmillements, chocs électriques) peuvent survenir pendant la repousse nerveuse.
• Rééducation : elle débute rapidement, en collaboration avec le kinésithérapeute, pour entretenir la mobilité et guider la récupération motrice.
• Suivi médical : des consultations régulières et des EMG de contrôle permettent de surveiller la récupération.
La repousse nerveuse est lente (environ 1 mm par jour). Ainsi, la récupération peut prendre plusieurs mois. Le résultat final dépend du type de lésion, du nerf concerné, de la précocité du traitement et de la qualité de la rééducation.
Des séquelles sensitives ou motrices partielles peuvent persister malgré une prise en charge optimale, mais la chirurgie vise à donner les meilleures chances de récupération fonctionnelle.